mardi 6 mai 2014

L'abreuvoir miraculeux ?...



Me forçant à ne plus écouter mon cœur battre, j’ai repris l’ascension de l’escalier. Je n’ai pas lâché la main courante, jusqu’au ressaut d’Escluzel la pente est vraiment rude. Le soleil au zénith cognait fort et la sueur gouttait littéralement de mon visage. En entrant dans le hameau, j’ai continué sur ma lancée pendant une trentaine de mètres, comme un bateau qui glisse sur son erre en arrivant au port alors qu’il a déjà coupé ses moteurs, puis je me suis assise sur un muret de pierre, toute serrée contre la façade d’une vieille maison pour profiter de son ombre étroite.


Je surplombais la vallée et surtout je dominais l’escalier de toutes les tortures, l’air crâne, même pas mal ! Vu d’en haut, en réalité, il n’est pas si impressionnant, mais les kilomètres du matin pèsent de plus en plus lourd à chacune de ses marches. Au fur et à mesure qu’on avance dans une étape, le corps est de moins en moins tonique, moins élastique, moins rebondissant, et petit à petit, la démarche, moins sûre, prend du ballant. Pour ceux qui passent la nuit à Monistrol et qui gravissent
la montée au petit matin, tout frais, l’escalier ne doit être qu’un simple échauffement, enfin presque…
Je me suis attardée un petit moment à contempler les marches, guettant l’apparition d’un nouveau randonneur. J’ai dû m’assoupir quelques minutes car je me suis surprise à rêvasser, à inventer le géant d’Escluzel qui, posté au même endroit que moi, vigie à l’œil mauvais, secouerait l’escalier comme on secoue un tapis chaque fois qu’un pèlerin s’accrocherait au bas.
Le soleil mordait mes chaussures. Si moi je m’étais arrêtée, lui, implacable, continuait sa course, rognant l’ombre qui m’abritait, et franchement la dernière chose dont j’avais besoin était qu’on me tisonne les doigts de pied.
Je me suis déchaussée et, godillots dans une main, sac à dos dans l’autre, j’ai boitillé jusqu’à l’abreuvoir qui, engageant, glougloutait à plein tuyau...

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