vendredi 9 mai 2014

La grange où les chiens sont amoureux des chats...


Pour le soir de ma troisième étape, j’avais réservé une nuit et un repas dans une ferme à quelques kilomètres de Saint-Alban-sur-Limagnole. Les petits panneaux indicateurs du lieu me conduisirent jusqu’à un hangar en tôle haut de trois étages. Je me suis avancée, hésitante. Des instructions inscrites en gros sur un tableau : « Au fond de la grange sur votre droite, prenez l’escalier. Sur la table, vous trouverez des biscuits. Au frigo, des boissons. Servez-vous, installez-vous, nous passerons ce soir. » L’invite était avenante, les fermiers étaient donc aux champs, mais avais-je bien compris ? Étais-je au bon endroit ?


Je m’avançais. Il faisait sombre, mais oui, au fond à droite, je devinais
une porte et un escalier, je ne me trompais donc pas, j’étais bien dans la grange. C’est seulement une fois que mon esprit en eût accepté l’idée que je remarquai sur ma droite les bottes de foin, des bottes en rouleaux empilées, imposantes colonnes, six dans la longueur, trois dans la largeur, cinq en hauteur, quatre-vingt-dix bottes – mon œil n’a pas pu s’empêcher de scanner –, et l’odeur suave, dans le même temps, m’a assaillie. 




Chien qui a levé la piste d’un gibier, je reniflais les exhalaisons tièdes comme les tempes aux cheveux collés d’un nourrisson endormi. 
L’arrivée d’un chien noir et blanc qui jouait avec un chat tacheté à l’identique m’a interrompue dans mes inhalations. La fermière suivait, pestant après son cabot qui n’avait plus d’yeux que pour cette petite chatte mutine, une calamité, ce chien, il ne s’occupait plus des vaches. 

Hop, hop, hop, trois bonds gracieux, la chatte s’est perchée en haut d’une colonne de foin, laissant négligemment pendre une patte et un bout de queue, histoire de s’assurer que le chien ne la perde pas de vue et l’attende, languissant, au bas de sa tour. Et la fermière de surenchérir, un chien amoureux d’un chat, qui pourrait croire ça ? 

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